Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 23:35

Le Loup de Wall Street : Affiche

Martin Scorsese - Le loup de Wall Street (25/12/2013)

Depuis le milieu des années 00’s, Martin Scorsese effectue un retour au sommet de son art avec des œuvres majeures comme « Les Infiltrés » (2006) ou « Shutter Island » (2010)….Et ce tout dernier-né est de cette trempe là ! Un film d’une maestria inouïe, d’une véritable insolence frondeuse, surprenante pour un cinéaste d’un tel âge (71 ans) ! Comme quoi, avant garde, irrévérence et audace ne sont pas l’apanage de la jeunesse.

 

Pourquoi ce film est un chef d’œuvre ???

 

Tout d’abord, malgré sa durée excessivement grande (3 heures), « Le loup de Wall Street » ne comporte aucune longueur. A aucun moment je n’ai regardé la montre tant le film vous prend pour ne plus vous lâcher. C’est un fait assez rare pour le faire remarquer.

 

Tous les rôles, des principaux aux seconds, sont superbement interprétés, les acteurs criant de justesse, de sincérité et d’engagement. Bien sur, Leonardo Dicaprio (Jordan Belfort) en tête. De (presque) tous les plans, il est tout simplement époustouflant. Une véritable leçon de jeu ! Mais aussi : Matthew McConaughey, Jonah Hill, Margot Robbie, Kyle Chandler, Rob Reiner, John Bernthal, Jon Favreau…jusqu’à notre frenchie Jean Dujardin dans le rôle d’un banquier suisse véreux et cynique.

 

¾ d’hystérie pour ¼ d’apaisement ! Tel pourrait être l’équation résumant « Le loup de Wall Street » !

Le film alterne nombreuses scènes survoltées, droguées et violentes avec de longs passages dialogués beaucoup plus apaisés. Calme et tension, hystérie et apaisement ! C’est dans les scènes survoltées que la mise en scène est la plus inventive : Voix off surpuissante, héros (DiCaprio) s’adressant au spectateur face caméra, arrêt sur image, etc…

Lors des passages dialogués, l’apaisement passe par un stricte recourt au champs/contrechamps classique hollywoodien, mettant encore plus en lumière l’excellente qualité des dialogues et du jeu d’acteur. Et tout le film est superbement mis en image par le directeur de la photographie Rodrigo Prieto (tous les films d’Iñárritu, « Argo », « Le Secret de Brokeback Mountain »…).

 

Jordan Belfort est un héros typique scorsesien. Comme les gangsters de « Casino » ou « Les Affranchis », c’est un être mégalomane, « bigger than life », épris de réussite. L’élévation sociale à tout prix, quitte à écraser les autres sur son passage. Un « héros » vouant un culte sans limite à la sacro-sainte Trinité : Argent, Pouvoir et Sexe.

 

Depuis « Les Affranchis » à « Casino » en passant par ce tout dernier film, le cinéma de Scorsese décrit un lent processus de légalisation du crime, de métamorphose du mal. Dans « Les Affranchis », les actes des gangsters étaient illégaux et nommés comme tel. Pour « Casino », on assistait à la tentative, par la pègre, de rendre le crime légal (blanchiment d’argent « sale » devenant « propre » via les casinos, collaboration avec les milieux boursiers). Mais cette fois, un nouveau pas est franchi : le « crime » devient presque entièrement légal. Le capitalisme ayant gagné, c’est le règne des malfrats en « col blanc » !! Déjà dans « Casino », mais surtout dans « Le loup de Wall Street », Scorsese montre la très fine et subtile frontière entre légalité et moralité. Ce que font les traders (Jordan Belfort - DiCaprio) est condamnable d’un point de vue moral mais rarement judiciaire. Et c’est là toute la subtilité de la chose. Et quand même le héros franchit la ligne, il n’écopera au final que d’une peine relative.

Même si le film n’est jamais moralisateur ou donneur de leçon, on décèle malgré tout en filigrane une satire féroce du capitalisme roi, des excès et des dérives du système boursier. Et Wall Street en est le temple, sa Babylone.

 

Avec « Le loup de Wall Street », Scorsese travaille à nouveau ces thématiques récurrentes qui lui sont chères : La frontière trouble et floue entre le Bien et le mal, la moralité et la légalité, l’obsession des hommes pour l’argent et le pouvoir, l’exploration du rêve américain et sa face obscure, l’antique trinité narrative ascension-déchéance-rédemption....La rédemption justement, est-elle encore possible ?? Dans un schéma classique reposant sur des valeurs, oui. Mais quand elles sont totalement absentes, comme dans cet univers de la finance, point de salut salvateur possible. La preuve ? A la fin du film, après avoir été mis à terre, déchu et condamné, Jordan Belfort n’a qu’une seule idée en tête : recommencer !!!

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Francky 01 - dans Cinéma-DVD
commenter cet article

commentaires

mapetiteboiteamusiques 12/02/2014 17:52

Il paraît effectivement qu'il est très bien...j'aime beaucoup Scorsese par ailleurs...
Très bonne chronique en tous cas...

Francky 01 12/02/2014 18:11

Si tu aimes le travail de Scorsese, cours voir ce film !! Il doit être encore projeté dans certaines salles obscures.
Et merci du compliment.
A +

Présentation

  • : muziksetcultures
  • muziksetcultures
  • : Lieu de réflexions, de découvertes et d'échanges des cultures indépendantes : musique, B.D, cinéma essentiellement.
  • Contact

Recherche