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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 01:51

Gainsbourg_le_film_affiche 

 

Longtemps désiré mais aussi énormément attendu au tournant par beaucoup, cet (obscur ?) objet de désir et de convoitise est enfin dans les salles. Pour son premier essai cinématographique, le talentueux dessinateur de bandes dessinées Joann Sfar (« Le chat du rabbin », « Grands vampires », « Pascin », etc.) s’est attaqué à un Everest, un Xanadu : narrer la vie de l’homme à la tête de chou, alias Serge Gainsbourg. Culotté, c’est le moins que l’on puisse dire de cette aventure et du bonhomme qui a osé l’entreprendre ! Et le résultat, est-il à la hauteur de nos attentes et du challenge ? Disons le tout de suite, le verdict sera net et sans appel : exceptionnel, stupéfiant, le pari est remporté haut la main.

D’abord, Joann Sfar a évité le biopic typique à l’américaine où l’on voit défiler pendant tout le film la vie de l’artiste, de A à Z, avec tous les lieux communs et moments connus. Surtout qu’avec un tel client, il n’en manquait pas. Un peu comme Gus Van Sant avec « Last Days » ou Todd Haynes avec « I’m not there », Sfar a réinventé le genre à sa manière, l’a complètement détourné pour mieux servir son propos. On assiste plus à la vie de l’artiste comme l’a fantasmé le cinéaste avec, comme appui, des bases de vérité (et de sa vérité).

Le plus fort, c’est qu’il a réussi à marier leurs deux univers, tout deux très personnels. Par moment, on dirait presque que Serge Gainsbourg est un personnage d’une nouvelle aventure de son « chat du rabbin ».

Le parti pris de montrer concrètement et physiquement son double, sorte de conscience (bonne ou mauvaise ?) comme un personnage a part entière que lui seul voit, est excellent. Cela créé ainsi des passages oniriques voir surréalistes et donne au film une force poétique stupéfiante, tout en renforçant la psychologie des personnages, des situations et des plans. Dans ces instants de pure poésie visuelle, on sent l’influence de Tim Burton (« Edward aux mains d’argents »), notamment quand il va au coiffeur et se fait sculpter sa nouvelle gueule de Gainsbarg !

Un angle de regard du film est très réussi et important afin de tenter de mieux comprendre le personnage : sa judaïté. Car Gainsbourg est d’origine juive (et russe), tout comme Joann Sfar. Et cela a conditionnée et marquée toute sa vie. Enfant sous l’occupation et la guerre, devant porter l’étoile jaune, vivant avec ces ignobles caricatures du juif (ressemblant à lui avec son grand nez et ses grandes oreilles), forcément, ça laisse des traces. Nul besoin d’être fin psychologue pour le comprendre. Le film montre bien qu’il est issu d’une famille non pratiquante, cultivée et moderne. Il n’a de juif que ses origines. Quand il reprend « La marseillaise », il a créé tout le scandale et le débat nauséabond que l’on sait, avec en arrière fond ces relents d’antisémitisme. Nouvelle blessure, comme une sorte « d’étoile jaune » qu’on lui aurait recollé des années plus tard, et cela malgré sa notoriété et son succès. La fameuse phrase de Sartre le définit malheureusement parfaitement : « Ce n’est pas le juif qui fait l’antisémitisme mais l’antisémitisme qui fait le juif ». No comment.

Mais le film ne serait pas le même sans ses acteurs. Eric Elmosnino bien sur (Serge Gainsbourg) mais aussi la pléthore de stars, même pour des petits rôles : Anna Mouglalis (Juliette Gréco), Lucy Gordon (magnifique Jane Birkin), Laettia Casta (B.Bardot sexy à souhait), Katerine (Boris Vian), Yolande Moreau (Fréhel), Sara Forestier (France Gall tout en innocence), Ravzan Vasilescu (son père), Dinara Doukarova (sa mère), Kacey Mottet (génial Gainsbourg enfant), Claude Chabrol (le producteur), Doug Jones ( la Gueule), Gonzales (le pianiste), Sfar lui-même (Georges Brassens), Gilles Verlant son biographe (un flic), etc. Par leur interprétation et leur présence, ils donnent au film son épaisseur, sa vérité et sa force. Le plus remarquable, c’est qu’ils interprètent tous les morceaux eux-mêmes, emmenés par la magnifique bande son du compositeur Olivier Daviaud.

Que dire de plus sinon, courrez voir ce conte de Joann Sfar et réécoutez l’œuvre gargantuesque d’un des génies français de la musique du XXème siècle ! Et pour ceux qui ne connaisse pas le travail de dessinateur du réalisateur, lisez ces albums.

Petit conseil perso : commencez peut être par les 5 volumes du « chat du rabbin » ou « Grand vampire », bonne entrée en la matière avant de poursuivre son œuvre plus complexe et déjà pharaonique !!!!

 

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Published by Francky 01 ou Chico+ - dans Cinéma-DVD
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commentaires

Vincent Brunner 11/02/2010 19:44

Non, faut lire "Feuille de chou" de Mathieu Sapin...
Sans blague, je suis plutôt d'accord avec toi mais ayant vu deux fois le film (une fois en novembre, la projo de presse) et lundi dernier avec mon amie, je trouve dommage que lors de la dernière demi-heure on retombe un peu dans les rails du biopic classic (même si certaines scènes sont réécrites, comme celle où Bambou danse sur "Love On The Beat"). Mais la première heure est très bien...

Jm 08/02/2010 18:43

La lecture du volumineux "Hors Champs" de Sfar est un complément instructif au film. Recherche graphique, découpage,... A lire après avoir vu le film!

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