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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 21:36

3JerzySkolimowski-2011-EssentialKilling 

« Essential Killing » de Jerzy Skolimowski (2011)

 

Parmi les meilleurs films de mon best of 2011, « Essential Killing » tient une place particulière car ce n’est pas qu’un simple film mais une véritable « expérience de cinéma ». Une expérience artistique unique, « totale » même, que l’on vit pleinement, mobilisant tous nos sens et imprégnant notre psyché pour nous suivre des jours durant. Les fanatiques de David Lynch savent de quoi je parle. Ce road-movie narrant la fuite d’un terroriste est tout simplement un immense film, un………..aller j’ose le mot, chef d’œuvre !

 

Le Pitch : Un homme lance une roquette sur une patrouille de soldats, fuit et se fait arrêter. Passage en prison, interrogatoire et torture. Avec d’autres terroristes, il est transféré vers une autre prison, dans un autre pays. Lors de ce déplacement sur des routes enneigées, un des camions a un accident et le héros en profite pour s’échapper. Commence alors une course-poursuite sanglante à travers une nature hostile.

 

« Essential Killing » est un film d’auteur sous l’apparence d’une œuvre grand public. Il débute normalement, presque comme un film Hollywoodien de facture classique. Mais très rapidement, il prend « la clé des champs » pour s’en aller ailleurs, vers quelque chose de différent, vers un univers plus personnel et atypique.

Réflexion sur le pouvoir des images et de la mise en scène.

En adoptant non pas le point de vue du « bon » camp (celui des soldats) mais au contraire celui du supposé ennemie (le terroriste prisonnier), Skolimowski impose déjà une originalité. Par l’utilisation d’une caméra subjective, c’est nous tous, spectateurs, qui voyons à travers son regard. Et tout au long du film, nous vivrons ce qu’il vit, endureront ce qu’il endure, traverserons ce qu’il traverse. Ainsi, par ce dispositif nous mettant dans la peau du héros, on se prend de compassion pour lui, espérant qu’il se sorte des nombreux dangers qui guettent.

Skolimowski le sait bien. En jouant sur les affects du spectateur, il peut rendre sympathique un personnage à priori détestable. Tout au long des mésaventures du « héros », on est avec lui, de son coté, même si il n’hésite pas à commettre des actes horribles, des crimes. Belle et pertinente réflexion sur le pouvoir des images et leur impact, sur comment on peut travestir la réalité et ainsi orienter le point de vue du public. Une information, ce sont des images, des commentaires mais aussi et surtout un point de vue qui par essence, est subjective. Même une photographie l’est car ce n’est qu’un instant de réalité prise à un moment donné, sous un angle donné mais choisi par le photographe. Et c’est là toute la différence. Ce n’est que sa réalité sous son regard. « Essential Killing » pourrait être une parfaite illustration artistique sur le pouvoir des images !

(Où ? Quand ? Et qui ?) Intemporalité de l’œuvre tendant à l’universalité du propos.

Dans quel pays se passe l’action ? En Afghanistan ?? Qui sont ces soldats ? Des américains ?? Et ces terroristes ? Des talibans ?? La fuite du prisonnier se déroule sur combien de temps ? Plusieurs jours ? Semaines ?? On se sait pas exactement, juste quelques indices sont donnés ou suggérer. Il n’est pas situé dans une temporalité ou une géographie précise mais au contraire dans un espace-temps flou, à inventer ou plutôt à s’approprier. Comme toutes les grandes œuvres, elles sont intemporelles, rendant ainsi le propos plus universel. Et comme Skolimowski croit aux capacités des spectateurs, c’est la connaissance de chacun sur l’histoire actuelle ainsi que son imaginaire qui fera le reste.

Une nature magnifique mais hostile.

 Au-delà de ces réflexions théoriques, aussi pertinentes soient-elles, il y a aussi ces paysages magnifiques. Toutes ces immensités traversées par le héros et sublimés par le regard du réalisateur. Sa fuite occupe les ¾ du film, alternant des passages méditatifs et contemplatifs avec de véritables scènes d’actions. Skolimowski les filme avec une grande virtuosité, adoptant des cadrages, des rythmes et des montages différents, toujours parfaitement adaptés à la situation. Ce choix de jongler entre passages poétiques et métaphysiques avec de l’action pure est très judicieux. Il permet d’accrocher tous les spectateurs (même les moins aguerris aux films d’auteurs) sans en laisser sur le bord de la route. Skolimowski réalise ainsi un film rempli de fulgurances poétiques mais tout en restant accessible, soit un film d’auteur « grand public » !!!

 

Et au milieu de cette « jungle » blanche court un homme….

Et au milieu de cette nature hostile fuit un homme, le héros. L’acteur qui l’incarne, c’est Vincent Gallo. Un comédien qui se fait rare mais dont le talent n’est plus à démonter. Acteur donc, mais aussi réalisateur, musicien, photographe ou peintre. De tous les plans, traversant toutes ces épreuves avec panache, il crève littéralement l’écran. Il est le corps de ce film mais aussi son âme….Une âme errante et damnée qui, au milieu de cet enfer blanc, n’a comme seul échappatoire la fuite et le meurtre. Mais, malgré toutes les horreurs passées ou traversées, est-ce une excuse ? Où est le Bien ? Où est le Mal ? Libre à chacun de se forger son avis.   

 

En n’apportant aucune réponse et en évitant tout manichéisme, Skolimowski questionne de façon très pertinente le spectateur. Et tout ceci avec une grâce et un esthétisme inouï.

Alors, ne serait-ce pas cela, la force de l’Art ??? J’en ai bien l’impression !! 

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Published by Francky 01 - dans Cinéma-DVD
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commentaires

anonyme 12/09/2013 18:44

Super papier pour un superbe film !! Je trouve ton analyse très pertinente et juste. J'aime cette idée "d'expérience de cinéma" que le film produit vraiment.
Et oui, c'est bien cela la force de l'Art !!!
Salut.

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